Interview – Pierre-Olivier Carles
J’avais un peu mit de côté mon idée d’interviewer certains acteurs du web francophone depuis plusieurs mois, il était donc temps de m’y remettre et pour cette session j’ai l’honneur d’avoir pu proposer mes questions à Pierre-Olivier Carles. Entrepreneur en série comme vous allez le voir, Pierre-Olivier est également très présent sur Twitter ou il n’hésite pas à participer ou proposer des actions responsables et/ou humanitaire (comme la Charity Water par exemple). C’est vraiment quelqu’un dont j’apprécie tout particulièrement la vision de l’entrepreneuriat et plus largement de la vie, au fil du temps et de mes lectures je trouve vraiment un écho dans sa façon de voir les choses. Je vous encourage donc à jeter un oeil sur son blog et à lire son interview ci-dessous.
1. Bonjour Pierre-Olivier, merci à toi de m’accorder de ton temps pour répondre à mes quelques questions. Alors pour commencer en douceur pourrais-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ? (si si il y en a un au fond là).
Bonjour. J’arrive doucement sur mes 40 ans, en étant marié et père de 3 merveilleux enfants. J’ai toujours été entrepreneur depuis que je travaille et toujours dans l’Internet ou, plus largement, la technologie. Cela ne fait sans doute pas de moi un expert de l’Internet mais au moins un professionnel expérimenté. Je suis parfois Investisseur, mais surtout, je suis ce que beaucoup appellent un Serial Entrepreneur, aujourd’hui impliqué dans plusieurs sociétés, en France, aux Etats-Unis et bientôt sur un autre continent… mais il est un peu tôt pour en parler :-)
2. Quels sont les plus grands défis que tu tient à relever sur la toile et qu’est-ce qui te donne la patate tous les matins pour garder la motivation ?
En fait, il y a quelques années, j’ai décidé du sens que je voulais donner à ma vie. J’ai par exemple défini une notion très personnelle de ce qu’est la richesse, pour ne pas passer ma vie à courir après toujours plus d’argent. Cela m’a apporté une réelle liberté et surtout un luxe qui n’a pas de prix : pouvoir travailler sur des projets qui me passionnent et avec le mode de vie qui me convient. La passion est un moteur qui garde ta motivation intacte quand tu te lèves et je suis reconnaissant chaque jour d’y être arrivé jusqu’à présent.

3. Tu fais partie de ces personnes qui entreprennent beaucoup sur le web mais contrairement à d’autres tu est très diversifié dans tes activités : Stonfield qui se rapporte au conseil en performances d’équipe, Labotec qui touche aux applications iPhone iPad ou Android, Digidust qui traite notamment de stratégies Internet et marketing digital, ta holding Kipost, etc… C’est vraiment une volonté de toucher à tout ou c’est juste que tu est curieux et multi-tâche ?
Mis à part Stonfield, qui n’est pas une société technologique à proprement parler, les autres suivent une stratégie qui ne parait pas claire au premier abord mais pourtant limpide dans mon esprit. La société que je vais co-fonder en Septembre est d’ailleurs le chainon manquant au dispositif à ce jour. Ceci étant dit, je fonctionne beaucoup sur des coups de coeur, comme ce fut le cas avec Hellotipi par exemple. François, le CEO, m’a parlé d’un projet que j’ai trouvé fantastique car il mettait beaucoup d’emphase sur l’idée de protéger les données privées d’une famille ou d’amis très proches tout en leur permettant de les partager sans risque. Cette stratégie à l’opposé de celle de Facebook m’a séduit. Après, nous sommes à des années lumières du succès de Facebook, mais le simple fait de faire des choses positives et pleines de sens est déjà le début d’un succès. Pour résumer, tu as raison quand tu dis que je suis assez curieux. Quand je trouve qu’une idée est bonne, je dois me faire violence pour ne pas essayer de la mettre en oeuvre immédiatement et rester focus sur les projets déjà en cours. Ce n’est pas toujours simple quand la passion lutte pour prendre le pas sur la raison. Une bonne idée, des gens biens avec qui la réaliser : il ne faut rien de plus pour lancer une start-up.
4. Parlons de Digidust justement, dernier bébé en date puisqu’il a été lancé il y a quelques semaines, comment se porte t’il ? Quelles sont le type de sociétés que vous accompagnez ?
Pour l’instant, nous sommes très en avance sur la road map que nous avions déterminée. Stéphane Ménoret est au pilotage de nos activités et il mène tout cela avec un talent certain. Concernant nos activités, nous travaillons principalement pour des grands comptes même si quelques amis entrepreneurs me demandent parfois de les aider sur tel ou tel sujet. Pour être plus précis et te donner 2 exemples très différents, nous réalisons en ce moment l’application iPhone d’une très grande institution française dont tu devrais entendre parler courant Juin. En parallèle, nous nous préparons également à couvrir le Tournoi de Tennis de Roland Garros via Twitter et Facebook pour le compte de France Télévisions, un groupe de chaines de TV qui a vraiment décidé de s’impliquer et d’innover en matière de Médias Sociaux. En fait, ce que nous apportons à nos clients, c’est principalement notre créativité et notre expérience de l’Internet, le tout appuyé sur une réelle compréhension du monde de l’entreprise issue de nos activités avec Stonfield. Ces 3 piliers permettent à nos clients de tirer partie au mieux de l’Internet au sens très large. Au-delà de cela, nous sommes une société de conseil mais généralement, nos clients nous demandent d’aller au-delà et de porter les développements pour eux, car, même s’ils savent que nous les externalisons ce que nous produisons, ils ont une réelle confiance en notre capacité à délivrer en temps et dans le budget, qui d’ailleurs me touche beaucoup.

5. Encore plus récemment il y a eu l’entré de Kima Ventures au capital de Labotec. A quoi va servir concrètement cet apport de fonds et quelle va être l’implication du duo Jeremie Berrebi/Xavier Niel dans la structure ?
Cette entrée nous fait forcément très plaisir car elle est pleine de sens. Lorsque Florian Seroussi et moi avons décidé de faire un tour de table, début Février, nous avons eu la chance d’avoir de nombreux contacts constructifs et très vite, les discussions se sont engagées pour aller rapidement au bout de l’opération. Toutefois, ce que Jérémie et Xavier peuvent apporter à une jeune start-up sur le marché des applications mobiles nous a vraiment séduit. Ce sont deux entrepreneurs différents mais expérimentés, très dynamiques et capables d’innover sans avoir peur d’une approche inédite… et le modèle de Labotec nécessite d’inventer chaque jour notre manière d’avancer. Leur vision et leurs réseaux n’ont pas de prix dans ce genre d’aventure. Par ailleurs, ils ont su répondre à notre souhait d’aller très vite, car l’énergie que nous passions sur ce tour de table n’était pas dépensée sur notre core business, ce qui n’est jamais un cadeau pour une jeune entreprise. Nous sommes vraiment très très heureux de les avoir à bord.
6. Tu es partit t’installer plusieurs mois aux Etats-Unis pour ensuite revenir en France, quel a été ton apprentissage le plus important là-bas ? (je parle professionnellement, l’aspect personnel ne tient qu’à toi) et comment comparerais-tu les 2 écosystèmes ?
Disons que ce qui est important n’est pas réellement ce que j’y ai appris, somme toute très technique, mais plutôt ce que j’y ai trouvé. Quand tu as de l’énergie à revendre, il n’y a rien qui te pèse plus que le manque d’esprit d’entreprise. Aux Etats-Unis, j’ai pu mesurer à quel point c’est génétiquement ancré dans chaque personne. Ce contact te procure une véritable bouffée d’oxygène quand tu es habitué à ce que l’on t’explique que tu ne peux pas faire les choses aussi vite, que ce n’est pas possible parce que personne ne l’a fait avant, que tu ne peux pas réussir en suivant ce chemin, etc… D’un autre coté, je me suis aperçu que, paradoxalement, les français sont vraiment pleins de ressources et de créativité, ce qui les rend plutôt performants. Ainsi, si on mélangeait les 2 ADN, je pense que l’on arriverait à une alchimie vraiment intéressante. Maintenant, on te dit toujours que c’est plus facile de créer une entreprise aux Etats-Unis qu’en France et je crois que c’est faux. Les règles du jeu sont différentes mais il y en a des deux cotés, dont certaines américaines qui ne sont pas tendres. Par exemple, avoir un cabinet d’avocat de premier plan est l’un des tous premiers investissements que tu fais aux USA, et pour Labotec et son modèle inédit donc risqué, nous avons sorti près de 20 000 $ avant même d’avoir réellement commencé à travailler. Ce n’aurait sans doute pas été le cas en France. C’est plus rentable de créer une entreprise aux Etats-Unis quand on réussi, mais plus facile, je ne suis pas certain.

7. Dernièrement (enfin depuis quelques mois) je te vois plutôt présent lorsqu’il s’agit de faire preuve d’altruisme. Je pense bien entendu à la campagne Charity Waters qui a permit de récolter des fonds pour construire un puits en Éthiopie mais aussi à certains relais que tu fais sur Twitter, etc… bref tu t’investis. Est-ce que c’est quelque chose que tu a toujours fait ou tu profite des outils sociaux actuels pour multiplier l’impact potentiel ? Comptes-tu développer cette attitude ?
En fait, j’essaye d’appliquer la même approche quel que soit le sujet qui m’intéresse, avec détermination et enthousiasme pour peu que je sois convaincu. Quand tu montes une entreprise, tu le fais pour régler un problème ou apporter une certaine valeur ajouté. Quand tu décides de porter un projet caritatif, humanitaire ou sanitaire, c’est exactement la même chose sauf que la finalité n’est pas de faire de la croissance ou de l’argent, mais simplement d’aider ceux qui en ont besoin sur le sujet que tu as choisi. Au mois de Juin, par exemple, je vais aller faire une mission d’une semaine au Maroc pour contribuer à apporter des soins dentaires à des enfants et évangéliser sur les questions de prévention bucco-dentaire, avec « Juste pour Eux« , une association fantastique, et une super équipe de dentistes toulousains que nous avons réuni pour l’occasion. Pas de technologie dans ce projet – même s’il est probable que j’en parle sur mon blog et demande à mes amis de diffuser autour d’eux pour essayer d’inciter plus de monde à faire pareil – mais beaucoup d’envie, de créativité et d’énergie simplement parce qu’expliquer à des enfants de 6 à 12 ans que l’hygiène dentaire est primordiale et les soigner est important et utile. Surtout, c’est hors de leur porté si nous n’organisons pas cette opération, parce qu’ils n’ont pas eu la chance de naitre là où je suis né ou d’avoir l’éducation que j’ai eu. Nous ne nous rendons plus compte de ça au quotidien, mais avec quelques euros et de l’énergie, nous pouvons vraiment changer la vie d’une poignée de personnes. C’est peu, mais si vous êtes l’une de ces personnes, cela devient énorme.
8. Enfin, si tu avais quelques lectures à recommander à ceux qui veulent se lancer dans l’entrepreneuriat ou tout simplement partager des livres/blogs qui t’ont marqués ou t’inspire (pas forcément traitant de high-tech/web d’ailleurs), que recommanderais-tu ?
Non, je n’ai pas de lecture particulière à conseiller. Je voudrais simplement profiter de l’opportunité de parole que tu me donnes pour partager avec ceux qui veulent se lancer quelques convictions que j’ai acquises ces dernières années. Ce n’est jamais le bon moment pour se lancer. Nous avons tous des responsabilités familiales, des emprunts, des angoisses, des baisses de régime, des moments difficiles, un entourage frileux quand il n’est pas hostile… Demandez-vous ce qui est réellement important pour vous, cette carrière dans une entreprise qui ne vous aime pas forcément mais qui vous assure de pouvoir payer vos crédits ou aller au bout de vos idées quitte à sacrifier un peu de sécurité et de confort ? Ne vous méprenez pas, la seconde réponse n’est pas forcément la meilleure ; cela dépend de chacun d’entre nous… mais si vous ne devez pas vous lancer, assurez-vous que vous le vivrez bien et ne serez pas rongés par les regrets le reste de votre vie. Etre entrepreneur est un état d’esprit plus qu’un statut. Vous pouvez assouvir votre soif de créativité sans lancer d’entreprise, dans tout ce que vous faites, y compris ce qui relève de l’humanitaire. Ceci dit, regardez précisément ce que vous risquez de perdre en cas d’échec et ce n’est peut-être pas tant que cela. Dans ce cas, si vous décidez de vous lancer, faites-le à fond, avec détermination et passion. Faites le pour le plaisir de vous réaliser, pas pour devenir riche. Si vous réussissez, l’argent viendra tout seul. Surtout, faites preuve d’humilité car vous êtes vulnérable comme je le suis aussi dès lors que l’on décide de « faire ». Se lancer, c’est prendre le risque de se planter. Ce n’est pas forcément grave car on en ressort plus fort, mais si on ne s’y prépare pas, on peut très mal le vivre et ouvrir une plaie longue à cicatriser. Enfin, je voudrais terminer par une certitude : monter une entreprise est une fantastique aventure… mais ce n’est que du business, ce n’est pas « la vraie vie ». La « vraie vie », c’est prendre soin de votre famille et rester cohérent avec votre conception de ce qu’est un être humain. Si vous le gardez en tête, vous devriez baisser de façon très significative votre niveau de stress. ;-)
Encore une fois un très grand merci à Pierre-Olivier pour le temps prit pour répondre à mes questions de manière aussi complète.


4 commentaires
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Très bonne interview. Sur la forme il y a quand même pas mal de grosses fautes d’orthographe, mais bon…
Sur le fond je trouve parfois le discours incohérent : M. Carles termine par
La « vraie vie », c’est prendre soin de votre famille et rester cohérent avec votre conception de ce qu’est un être humain. Si vous le gardez en tête, vous devriez baisser de façon très significative votre niveau de stress. ;-)
Mais en même temps, j’ai l’impression qu’il passe beaucoup plus de temps à ses affaires qu’il ne s’en persuade. Le temps est notre bien le plus précieux !